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Lâcher Prise, article dans Magazine Vivre

Lâcher prise, ou dire « Oui! » à ce qui est !
Je suis en train de lutter avec une grande valise remplie à craquer de toutes sortes de livres lorsque le téléphone sonne.
par Patrick Bernard

C'est Lucie Douville , la dynamique éditrice du Magazine Vivre. « Patrick, seriez-vous intéressé à rédiger un article sur le lâcher-prise? » Je dis oui, bien sûr, et je raccroche après avoir amicalement échangé quelques nouvelles.

Qui va gagner?
La lutte avec ma valise reprend de plus belle et je m'aperçois que c'est elle qui est sur le point de gagner. Puis j'éclate de rire! Un rire franc qui monte le long de ma colonne vertébrale et me secoue de la tête aux pieds comme une vague de joie. Parfois l'existence ressemble à un champ de bataille… Telle était ma situation ce jour-là.

Nous sommes en décembre, la première tempête de neige vient d'arriver, je suis en plein déménagement et la maison est sans dessus-dessous; il y a trois jours je me suis fêlé une côte en tombant dans l'escalier; demain je donne un atelier que je n'ai pas eu le temps de préparer à mon goût; on m'apprend que le prochain concert qui a lieu dans trois jours est complet et que nous allons sans doute devoir refuser du monde et en plus, ma compagne part en Californie dans une semaine en me laissant toute une série de « choses très importantes à ne surtout pas oublier ». Comme si tout cela ne suffisait pas, je dois maintenant écrire sur le lâcher-prise. C'est la cerise sur le gâteau! Le lâcher-prise? C'est merveilleux, je suis en plein dedans!

Comme le chant du ruisseau.
Au-delà des grandes théories intellectuelles, qu'est-ce que le lâcher-prise? Avant tout, il s'agit de quelque chose de naturel. La nature lâche prise à chaque instant. Il suffit de s'asseoir près d'un ruisseau et d'écouter l'eau couler pendant quelques minutes pour ressentir spontanément le bonheur et la liberté du lâcher-prise. L'eau ne résiste pas. Elle accepte de bon cœur de se laisser couler vers l'océan. Parfois la pente est douce, à d'autres moments il lui faut sauter dans le vide en s'harmonisant tant bien que mal avec le rythme chaotique des cascades sans vraiment savoir ce qui l'attend plus bas. Il arrive même qu'elle reste bloquée dans un étang. Pourtant l'eau garde confiance, elle s'abandonne à la vie. Tout se passe comme si la mémoire de l'eau se souvenait de la présence d'un arrangement supérieur universel.

Pour moi, c'est ça le lâcher-prise. Un simple déplacement de la conscience humaine. Il s'agit bien plus de senti que de compris . Au lieu de s'entêter à vouloir que le soleil se lève à l'ouest, on s'abandonne et on accepte qu'il se lève à l'est. Les conséquences pratiques du lâcher-prise dans notre vie de tous les jours sont nombreuses. En effet, si au lieu de m'agripper à une manière de voir les choses j'accepte tout simplement que la vie soit comme elle est, tout en trouvant ma place au milieu de telle ou telle circonstance, j'observe qu'une multitude de réactions positives se déclenchent aussi bien dans mon organisme et dans mon mental, que dans mon entourage.

Réactions positives en chaîne
Vous vous trouvez par exemple sur l'autoroute 15 Nord à la hauteur de Laval un vendredi vers 17 heures trente. Vous devez aller chercher votre enfant à la garderie à 18 heures précise à Saint Jérôme. Tout est bloqué et le trafic roule au grand ralenti. Si vous ne lâchez pas prise, vous ressentez immédiatement les molécules du stress envahir votre ventre. Les neuropeptides Y (molécules générées par le stress découvertes récemment) ont un effet catastrophique sur l'ensemble de vos organes. Vous vous mettez à vieillir en un temps record. Un sentiment de panique et de frustration vous saisi. Il devient alors urgent de vous souvenir de la fluidité de l'eau.

Si je mets de l'eau dans une casserole ronde, elle devient ronde. L'eau, dans sa sagesse millénaire, ne rechigne pas, ne grogne pas, ne manifeste aucun mécontentement. Elle n'exige pas de devenir ovale ou rectangulaire. Vous êtes coincé dans le trafic et vous ne pouvez rien y faire? Laissez couler! Vivez l'instant présent tel qu'il se présente à vous. N'essayez plus de contrôler quoi que ce soit. L'univers vous fait confiance, faite-lui confiance à votre tour.

Observez ce qui se produit alors. Aussitôt, la mâchoire se relâche, la respiration se libère, le rythme cardiaque s'apaise, l'abdomen se dégage, le mental se dilate. Et miracle!, il se peut fort bien que le trafic reparte comme par magie! Tout comme l'instinct ou les phénomènes mystérieux de l'inspiration et de l'intuition, ce genre de chose est incompréhensible pour la raison et pourtant ça marche. Vous avez lâché-prise.

Le dévouement au présent
Entre le renoncement aux souvenirs du passé et l'exploitation des inquiétudes du futur se trouve le dévouement au présent. C'est à cet endroit précis que se situe le lâcher-prise. Celui ou celle qui ne tente plus d'emprisonner la vie dans ses poings serrés en voulant que tout se plie à son ou sa volonté, relâche son emprise sur ce qui l'entoure et se dévoue à l'instant présent. C'est dire que le lâcher-prise n'est pas un effondrement de nos responsabilités. Nous ne renonçons à rien. L'existence ne nous appartient pas; comment pourrions-nous donc y renoncer? Il ne s'agit pas non plus d'une attitude de désertion, d'une fuite ou d'une débandade face aux impératifs de notre vie sociale. Ce n'est pas une négation de notre ego ou un renoncement artificiel à l'action. C'est un effort sans effort. Une inaction dans l'action. Presqu'un jeu. Et bien que les règles de ce jeu soient uniques pour chacun de nous, il existe toutefois des valeurs qui sont communes.

Au moment d'un véritable lâcher-prise, tout le monde vit une profonde dédramatisation. Il y a une prise de conscience soudaine. On réalise que la vie est beaucoup plus vaste qu'un court laps de temps limité entre la naissance et la mort. On se rend compte qu'il existe une raison cachée pour toute situation et que rien n'arrive par hasard. La certitude que tout dans la nature est régit par un ordre universel et quantique s'impose naturellement. Ce qui arrive semble faire partie d'une grande chorégraphie cosmique, d'un dessein conscient, et cette prise de conscience provoque en nous une sorte de respiration de l'infini. Un changement de cœur s'opère doucement dans les arcanes secrets de notre être profond et la joie revient. Le mieux-être est immédiat.

Remercier pour ce qui est
Le retour du mieux-être et la guérison des vibrations toxiques (peurs, angoisses, ressentiments, jalousies, sentiment d'injustice, colères etc) passe par la maîtrise des émotions. S'abandonner ne veut pas dire abandonner. Cela veut dire de continuer à agir en se laissant porter par les vagues de la providence. Ne pas résister car la résistance crée la souffrance. Et le moyen le plus simple et le plus efficace pour recouvrer l'équilibre émotif est de se reconnecter avec la nature.

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de profiter des bienfaits d'une bonne marche en forêt, surtout quand on est bloqué au milieu du trafic, en toute circonstance il est possible de prendre conscience de sa propre respiration. Respirez calmement et profondément en ne pensant à rien d'autre qu'à cette seule respiration . Si la radio hurle, éteignez-la. En silence, remerciez la vie pour ce qu'elle est, telle qu'elle est, avec tous ses cadeaux plus ou moins mal emballés. Écoutez de la musique douce qui élève votre taux vibratoire.

Gardez coûte que coûte la vision d'un heureux développement de la situation difficile que la vie vous propose de traverser. Ayez confiance en l'intelligence du cosmos qui vous entoure et de la Terre qui vous porte. Si une prière, un mantra ou une affirmation positive vous inspire, dites-la ou, encore mieux, chantez-la. Si rien ne vous inspire, aucune importance, écoutez les battements de votre propre cœur. C'est prodigieux. Les choses qui nous arrivent sont là pour nous faire grandir.

Le pouvoir de dire oui
Le mois dernier j'avais loué une salle à Buckingham, près de Hull, pour donner un atelier de musico-énergétique. Après plusieurs heures de travail pour préparer et nettoyer l'endroit, tout était finalement prêt. En tant que thérapeute par le son, j'utilise de nombreux générateurs électroniques durant ces ateliers. Beaucoup de gens s'étaient déplacés pour assister à l'événement et tout le monde était détendu.

Lorsque j'ai commencé à faire les premiers sons, une panne générale d'électricité s'est produite… Que faire? Après vérification, il était évident que nous n'avions aucun moyen de rétablir le courant, ni aucun contrôle sur cette situation extrêmement embarrassante. D'un commun accord avec l'assistance, j'ai décidé de continuer l'atelier comme si de rien n'était, à la chandelle et en utilisant un instrument acoustique. Je n'ai senti aucune résistance de la part de mon public et je lui en suis encore très reconnaissant.

Surfer sur la vague
Tout le monde semblait heureux de « surfer » sur la vague qui venait d'emporter nos sonorités électroniques et notre système de sons. Nous avons tous et toutes dit « oui » à la vie, comme l'eau qui suit son propre mouvement sans contrecarrer les difficultés du relief. Et que croyez-vous qu'il se soit passé? À la première note de musique, l'électricité est revenue! Et tout le monde a éclaté de rire.

VIVRE, C'EST...
Dire oui à ce qui est
Tout ce qui arrive dans notre existence fait partie de la Grande Chorégraphie de la vie. Lâcher-prise , c'est apprendre à danser sans résister au mouvement en ayant la certitude que tout est parfait !

POUR MIEUX LE CONNAÎTRE
Patrick Bernard est auteur du livre La Protection Divine , l'ultime refuge est en nous , paru aux Éditions du Dauphin Blanc.

BAS DE VIGNETTE
Celui ou celle qui ne tente plus d'emprisonner la vie dans ses poings serrés en voulant que tout se plie à son ou sa volonté, relâche son emprise sur ce qui l'entoure et se dévoue à l'instant présent.

Lâcher-prise, c 'est un effort sans effort. Une inaction dans l'action. Presqu'un jeu.

S'abandonner ne veut pas dire abandonner.

Entre le renoncement aux souvenirs du passé et l'exploitation des inquiétudes du futur se trouve le dévouement au présent

VISUELS
Eau – ruisseau, océan…

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